Former par le jeu : apprendre sérieusement sans se prendre au sérieux

par | Mar 10, 2026

Accueil » Former par le jeu : apprendre sérieusement sans se prendre au sérieux

« C’était un homme sérieux, il passait son temps à jouer… » : cette phrase de Lewis Carroll pourrait résumer Hugues Dargagnon, qui transforme chaque formation en exploration ludique. Spécialiste des Serious Games, il partage sa vision du jeu comme moteur d’apprentissage, explique comment intégrer des mécaniques ludiques dans tous types de formations et décrit, avec enthousiasme, comment l’IA peut devenir un partenaire créatif. Dans cet entretien, il revient sur ses expériences, ses pratiques et la manière dont jouer fait réellement apprendre.

Le jeu en formation est parfois perçu comme un gadget ou comme une pratique infantilisante. D’où te vient, à toi, cet attachement au jeu ?

Le point de bascule a été le jeu de rôle, au collège. J’étais très timide et le fait d’incarner un personnage m’a permis de prendre la parole, d’oser, de développer mon imagination. J’ai découvert que le jeu agit puissamment sur la motivation, l’engagement et le plaisir d’apprendre. Aujourd’hui encore, je joue, mais surtout j’aime concevoir des jeux : imaginer des mécaniques, poser des contraintes et observer comment un groupe s’en empare.

On parle beaucoup du jeu en pédagogie aujourd’hui. Est-ce vraiment nouveau ?

Pas du tout. Le jeu accompagne l’apprentissage depuis toujours. Les échecs, par exemple, sont à la fois un loisir et un outil stratégique complexe. Dans mon parcours de formateur, j’ai très vite constaté que faire jouer permettait de faire passer des contenus exigeants, y compris en bureautique ou en formation à distance. Le jeu rend l’apprentissage plus engageant, plus actif et plus mémorable.

Peut-on intégrer du jeu dans n’importe quelle formation ?

Oui, à condition de choisir les bonnes mécaniques. Je privilégie souvent les mécaniques d’exploration : énigmes, chasses au trésor pédagogiques, escape games, parcours à choix multiples. Explorer, tester, recommencer, analyser : c’est déjà du jeu. Et cela fonctionne avec des publics très variés.

Quels sont les outils les plus simples pour introduire une dimension ludique ?

Trois éléments suffisent souvent : le sablier, le dé et la carte. Le temps crée de la tension et de l’engagement. Le hasard oblige à s’adapter. La carte matérialise la progression et conserve une trace. Le jeu repose sur des contraintes — temps, hasard, espace — et ces contraintes stimulent la créativité et l’intelligence collective.

Certains formateurs craignent que le jeu soit infantilisant. Que leur réponds-tu ?

Je comprends cette crainte. Elle revient parfois au début des formations. Mais elle disparaît presque toujours après expérimentation. Je me souviens d’une formation à Toulouse. Dès le démarrage, un participant occupant un poste élevé dans un organisme de formation m’a dit : « Les jeux, je n’aime pas ça. C’est infantilisant. Je suis venu voir, mais je n’y crois pas. » La journée était organisée en deux temps : une phase de speed gaming pour concevoir et vivre un jeu, puis une phase d’analyse pour comprendre ce qui avait fonctionné et pourquoi. À la fin, il est venu me voir. Il m’a expliqué que l’expérience l’avait profondément interrogé. Il avait réalisé que le jeu n’était pas fait que pour divertir des enfants mais mobilisait des compétences d’adultes experts, même avec de simples mécaniques : analyser, décider, coopérer, argumenter. Ce dont il avait peur, ce n’était pas le jeu, mais le fait de tout prendre à la dérision. Et il a compris que ce n’était pas le cas.

Qu’est-ce qui garantit alors le sérieux d’un jeu pédagogique ?

Le cadre. Un jeu en formation s’inscrit toujours dans une structure claire : des objectifs définis en amont, une animation maîtrisée pendant, et un débriefing rigoureux après. Si le jeu ne sert pas l’objectif pédagogique, il doit être ajusté. Le jeu est un outil, pas une finalité.

La posture du formateur change-t-elle lorsqu’il anime un jeu ?

Oui, profondément. Il adopte une posture de maître du jeu. Cela suppose d’y croire, d’assumer une dynamique moins descendante et de mobiliser écoute et capacité d’adaptation. Il est souvent plus simple d’animer un diaporama que d’animer un dispositif ludique. Mais le jeu développe des compétences humaines essentielles : présence, confiance, intelligence collective.

Quelle place occupe l’IA dans cette démarche ?

Nous  avons développé pour le CPF une formation certifiante « Former par le jeu »  et nous avons introduit l’usage de l’IA dans les compétences d’usage. L’IA est un formidable outil de collaboration et intervient à trois niveaux. Elle aide d’abord à mieux comprendre les profils des apprenants. Elle soutient ensuite la construction d’un univers immersif. Enfin, elle permet d’explorer des mécaniques ludiques adaptées au contexte. L’IA ne remplace pas la créativité humaine, elle l’élargit et la stimule.

En conclusion, pourquoi former par le jeu ?

Parce que le jeu favorise l’engagement en créant des papillons dans le ventre, pousse à l’essai-erreur d’une manière naturelle, et diversifie les stratégies en utilisant toutes les formes d’intelligences. Lorsqu’il est structuré et analysé, il devient un outil exigeant et profondément efficace pour apprendre.

Et si vous souhaitez explorer ces questions plus loin, le prochain Forum de la Pédagogie « Former par le jeu – Jouer nous fera toujours apprendre » réunira chercheurs, praticiens et acteurs de différents horizons au cœur du stade Ernest Wallon. Deux jours pour vivre, analyser et co-construire autour du jeu en formation. Rejoignez-nous pour jouer… et apprendre autrement. Insrivez-vous ici : https://my.weezevent.com/forum-de-la-pedagogie-Ago-formation

Pour découvrir la formation « Former par la jeu » : https://ago-formation.fr/formations/formation/267/gamifier-un-parcours-de-formation-ou-une-activite-pedagogique/

AGO Formation
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.